GENEVIÈVE HASENOHR

INTRODUCTION A L'ANCIEN FRANÇAIS

GUY RAYNAUD DE LAGE

2e édition, revue et corrigée

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Moyen Age sous la direction de Michel ZINK Professeur au Collège de France

GUY RAYNAUD DE LAGE

INTRODUCTION A L'ANCIEN FRANÇAIS

édition, revue et corrigée

NOUVELLE ÉDITION PAR GENEVIÈVE HASENOHR

Professeur à la Sorbonne

SEDES

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La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non

destinées à une utilisation collective » et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations `

dans le but d’exemple et d'illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faites sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1% de l’Article 40).

Cette représentation ou reproduction par quelque procédé que ce soit. constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les Articles 425 et suivants du Code pénal

© Sedes, 2004, pour la présente impression www.editions-sedes.com

ISBN : 2-7181-1653-6 (2* édition)

ISBN : 2-7181-1700-1 (1" édition)

ISSN 0249-3292

PRÉFACE

Destiné à prendre la suite de /'Introduction à l'ancien français de G. Raynaud de Lage, qui a guidé les premières lectures de tant de générations d'étudiants, ce manuel, comme elle, s’adresse aux débutants (littéraires, historiens, amateurs...) qui abordent l’ancienne langue sans avoir reçu de formation particulière. Comme elle, il se veut avant tout une initiation pratique. Il s'efforce de donner la description la plus claire possible de l’ancien français « classique », celui des années 1150-1300, en faisant leur part aux caractéris- tiques régionales, et en mettant l’accent sur les différences qui séparent l’usage des contemporains de Philippe Auguste ou de saint Louis de notre usage actuel. On a donc veillé à utiliser une terminologie grammaticale simple et à illustrer chaque trait de langue par un choix d'exemples (traduits ou commentés) abondant et varié, propre à familiariser peu à peu le lecteur avec les formes et les mécanismes spécifiques de la langue des XII°-xIII* siècles.

Nos anciens textes ne manquent ni de beauté ni d'intérêt ; mais ils sont d’un accès difficile aux lecteurs modernes, mal préparés à identifier les formes et à saisir la structure de la phrase, On souhaiterait que cette initiation rende leurs ef- forts plus fructueux et leur donne le goût de pousser la découverte plus avant. Les livres ne manquent pas qui pour- ront les y aider, et on se reprocherait de ne pas citer ici, au moins, ceux de :

H. Bonnard et CI. Régnier, Petite grammaire de l'ancien français, Paris, Magnard, 1989.

G. Moignet, Grammaire de l'ancien français, Paris, Klincksieck, 1976.

G. Zink, Morphologie du frangais médiéval, Paris, PUF, 1989.

Ph. Ménard, Syntaxe de l'ancien français, Bordeaux, Bière, 1988. |

L. Foulet, Petite syntaxe de l'ancien français, Paris, Champion, 1930.

R.-L. Wagner, L'ancien français, Paris, Larousse, 1974.

Signalons, enfin, que l’alphabet phonétique dont il est fait usage à l’occasion est celui de Bourciez et que l’on a joint à l'index détaillé qui clôt le manuel un petit glossaire des termes grammaticaux les plus usuels.

Je remercie les collègues qui ont bien voulu me faire part de leurs observations, et tout particulièrement Mme May Plouzeau. Les lecteurs qui auront consulté le 17 (juin 1991) de Perspectives médiévales reconnaîtront sans peine tout ce que cette nouvelle édition doit à sa sagacité.

INTRODUCTION

LA LANGUE ET LA TRADITION DES TEXTES

$ 1. Deux traits essentiels distinguent la langue moderne de l’ancien français : sa fixité relative, son homogénéité nationale. Le français d’aujourd’hui est une langue qui s'écrit et qui se lit autant qu’elle se parle et, sous sa forme écrite au moins, c'est une langue qui évolue lentement, car l’école, le livre et la lecture sont des puissances de conser- vation. Ce sont aussi, de méme que la radio ou la télévision, des puissances d’unification ; le service militaire, les dépla- cements saisonniers, les migrations de la population ont encore contribué dans les temps modernes à cette unifica- tion. Bien des différences subsistent dans l’accent, et même dans les formes, mais le fait essentiel est qu'il existe une langue commune. _ Il n’en était pas ainsi dans l’ancienne France, au Moyen Age surtout ; sans doute il y avait des routes, 1l y avait des pelerinages, des foires, des guerres, des centres universi- taires, qui drainaient les intellectuels de l’Europe entière ; mais la circulation, pour intense qu’elle fût, n’effaçait pas le compartimentage féodal l'unification politique de la France était à peine commencée au XII? siècle et devait connaître encore bien des revers ni la diversité linguis- tique ; les traits dialectaux restaient fortement marqués à l’intérieur de la langue d’oil, comme ils peuvent Pétre encore dans nos pays d’oc, les patois sont si différents à peu de

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distance. Par ailleurs, la langue était une langue parlée, qu'aucune école n’enseigna avant le XIV° siècle, même s’il exista de bonne heure des Manières de langage destinées aux Anglais désireux de connaître le « bon français ». En outre, l'immense majorité des gens ne savaient pas lire ; aussi, quand cette langue devint une langue littéraire, la transmis- sion continua-t-elle à se faire oralement : avant d’être un texte écrit, figé par un scribe dans un manuscrit en parche- min, l’œuvre médiévale est une performance orale, faite pour être récitée, déclamée, chantée ou psalmodiée.

Au-dessus de l’infinie variété des parlers locaux, agents de la communication quotidienne, en marge des dialectes, s’est très tôt constituée une langue littéraire commune, « sys- teme de référence qui transcendait la variété des dialectes » (R.L. Wagner). Il est remarquable, en effet, qu'aucun des textes littéraires qui nous ont été conservés ne soit exempt de régionalismes, mais qu'aucun non plus ne reflète la to- talité des traits linguistiques caractéristiques du dialecte de la région dont il est issu. Tous sont plus ou moins hétéro- gènes (accusant des traits picards, normands, champenois... sur fond « francien », ou inversement), tous ont une couleur dialectale plus ou moins marquée, qui permet au philologue de distinguer d’une œuvre « francienne » (Ile-de-France et, plus largement, français central), une œuvre picarde, anglo- normande, wallonne ou lorraine, par exemple. Si accusé que soit le particularisme linguistique des centres culturels régio- naux les plus vivaces (anglo-normands au XII" siècle, picards et artésiens au XIII‘), les dialectalismes demeurent, dans la langue littéraire, des traits superficiels, en ce sens que, s'ils affectent profondément la phonologie (et donc l'allure gé- nérale de la langue) et, à un moindre degré, la morphologie et le lexique, ils effleurent à peine la syntaxe et n'alterent pas la structure de la déclinaison ni de la conjugaison.

Cette langue écrite, cette kový littéraire, est la seule que nous puissions appréhender, la langue parlée nous étant, par définition, devenue inaccessible ; c'est donc d’elle seule qu'il sera question dans ce petit livre.

$ 2. En dépit du conservatisme propre à toute langue littéraire, on assiste, du X* au XIII‘ siècle, à une évolution, plus aisément cernable dans le domaine de la phonétique ; les graphies la traduisent avec plus ou moins de fidélité, au terme d’un décalage chronologique plus ou moins long. Elles sont tantôt archaïsantes, reflets d’un état passé, tantôt adaptées à la réalité phonétique, si bien qu’un même ma- nuscrit présentera fréquemment plusieurs formes concur- rentes pour noter le même mot. Bien qu'il y eût déjà des

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traditions orthographiques, rares sont les manuscrits cohé- rents dans leurs choix de bout en bout. Distinguer ce qui est accessoire et ne tient qu’à la graphie (douce ou duce [u], fait ou fet [e]) de ce qui est véritablement un fait de langue (ainsi la concurrence de remanoir et remaindre, deux infinitifs pour un même verbe) sera la tâche des philologues.

La plupart des éditions modernes présentent dans leur introduction un relevé des graphies et des faits de langue qui caractérisent le texte édité et sa copie; il faut, bien entendu, en tenir le plus grand compte pour éviter les bévues et aborder plus facilement l’auteur. Prenons quelques exemples pour fixer les idées. Dans le Tristan de Béroul, on lira indifféremment : assez, asez, assés ; dedanz, dedenz ; loin, luin, luien ; mais, maiss, mes ; neveu, nevo ; set, soit («il sait ») ; et dans Aucassin et Nicolette : donjon, dongon ; deul, dol, duel deuil ») ; guerre, gerre, guere ; cuit, quit, quid (ind. pr. 1 du verbe cuidier, « croire »).

Le scribe prétend bien, dans ces différents cas, représen- ter les mêmes mots et les mêmes sons, et il ne s’agit donc que de graphies ; mais parfois il conserve des signes qui correspondent à une prononciation ancienne abandonnée (ainsi des diphtongues ai et oi dans Tristan, ue, eu dans Tristan et Aucassin, dorénavant réduites à un son simple [e], [ce]), parfois il emploie des signes distincts pour noter une même consonne (ainsi j et g pour [Z], g et gu pour [g], z et s pour [s]). On observe, en particulier, beaucoup de flotte- ments dans la transcription du [o], plus ou moins fermé selon les régions, et noté o, ou, u (cette derniere graphie étant anglo-normande) : doner, duner donner »). De méme, la vocalisation du [l] n’est pas toujours notée, et, sous lin- fluence de l’abréviation courante mit, les scribes ont souvent maintenu des graphies comme molt.

La difficulté est plus grande quand un même texte pré- sente des formes foncièrement différentes pour la même personne d'un pronom ou d'un verbe ; remettant a plus tard les justifications, les débutants se fieront alors au lexique de leur édition. Pour ne prendre que deux exemples, la 3* personne du subjonctif présent de doner peut étre, dans Tristan, donst, doinst, donge ; et, dans Aucassin, la forme tonique du pronom de 1" personne, quand il est complé- ment, peut étre la forme francienne moi ou la forme picarde mi.

Les graphies adoptées dans ce manuel, lorsqu'il ne s’agit pas d’expressions empruntées directement aux textes, sont celles qui apparaissent comme les plus fréquentes dans la scripta littéraire non dialectale du milieu du XII siècle : o pour [u] (et suffixe -or), e pour ai étymologique, diphtongue

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oi, [1] vocalise, -z final [t + s], absence de consonnes gémi- nées, etc.

$ 3. L'usage du tréma ou de l’accent dans nos textes est le fait des éditeurs modernes. La ponctuation ne reproduit pas l'usage médiéval, lequel ne correspond pas à nos habi- tudes de lecture courante et silencieuse, et, dans les manus- crits vernaculaires, est dénué de tout esprit de système.

$ 4. Dans la plupart des cas nous sommes bien empéchés de dire si le texte que nous lisons dans un manuscrit est conforme dans sa matérialité à celui de l’auteur ; en fait, les manuscrits sur lesquels sont faites les éditions modernes ne correspondent que tres exceptionnellement au texte originel (cas rarissime des manuscrits autographes). La notion n’a pas grand sens, d’ailleurs, pour tout un pan de la littérature médiévale, pour lequel la notation écrite n’est qu’un phé- nomeéne marginal : chaque récitation d’une épopée repré- sentait un état du texte, dont l'écrit a fixé arbitrairement l’un ou l’autre. Mais la situation est à peine plus favorable s'agissant des romans, composés à la fois en vue d’une diffusion écrite et d’une diffusion orale : à supposer que l’auteur lui-même n'ait pas rédigé plusieurs états successifs de son texte, le copiste qui a transcrit la version initiale a pu la modifier, si elle ne correspondait pas à ses propres habi- tudes linguistiques, tout au moins l’habiller de ses propres graphies ; d’autres copistes, ses confrères, le recopieront à leur tour avec plus ou moins de fidélité, conservant des formes qu’ils connaissent, même si elles diffèrent quelque peu de celles qu'ils emploieraient spontanément, ou, au contraire, leur substituant des formes nouvelles. « De telles particularités, tantôt lorraines, tantôt champenoises ou pi- cardes, se remarquent dans les anciennes copies de la Chas- telaine de Vergi, mais elles sont fugitives, elles varient d’un manuscrit à l’autre et représentent l'usage des scribes, non nécessairement l’usage du poete » (J. Bédier, éd. de la Chas- telaine de Vergi, p. VIII). On pourrait en dire autant des versions picardisées du Roman de la Rose, destinées au public du Nord de la France. Les copies qui sont parvenues jusqu’à nous ne sont que des maillons d’une chaîne sécu- laire : un décalage d’un siècle et plus entre la date présumée de l’œuvre et celle de la copie est monnaie courante.

§ 5. D'aussi brèves observations ne peuvent être qu’une mise en garde ; il s’agit pour les étudiants d'éviter l’anachro- nisme, de ne pas traiter les textes médiévaux comme les textes classiques. Il faut tenir compte des conditions de transmission des œuvres, de l’état d'esprit et des habitudes des scribes du Moyen Age, de leur propension à adapter le texte à leur propre sentiment linguistique (la propriété lit-

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téraire est une notion moderne) et de la liberte d'une langue qui n'a pas encore ete disciplinee par les grammainens dont il importe donc de bien connaitre les grandes structures morphologiques et syntaxiques.

LA PRONONCIATION

$ 6. Il ne peut être question de reproduire avec sa to- nalité propre la prononciation du XIT ou celle du xu siècle ; mais il faut en connaître les principaux traits. et Pon peut essayer d'en donner a la lecture une version approchée, sans recherche pédante. Cet aspect des choses peut paraitre moins important, pour une lecture muette. que la connais- sance des formes écrites ; mais il est impossible de dissocier absolument la morphologie de la phonétique, il est indis- pensable de pouvoir rendre compte des rimes dans les vers, et méme il n'est pas mauvais de connaítre, approximative- ment au moins, la physionomie orale d'une langue qui était surtout une langue parlée, pour ne pas s'en faire une repré- sentation radicalement fausse.

L’ancien français est une langue relativement bien notée, beaucoup mieux que ne l'est le français moderne, en ce sens qu’à chaque son correspond, en gros, une lettre. et vice versa. Il existe, certes, des notations de type archaïsant (nous l’avons indiqué) et des influences latines ; mais c'est peu de chose en comparaison de la manie étymologisante qui sévira du XIV‘ au XVI‘ siecle. Aussi, en principe, dans les manuscrits des XII-XIII? siècles, toutes les lettres se prononcent.

§ 7. Voyelles et diphtongues : e atone n’est jamais muet et s'entend comme aujourd'hui encore dans le Midi [e], sauf naturellement en cas d’élision. Les éditeurs modernes em- ploient l’accent aigu pour distinguer e tonique de e atone, lorsque ceux-ci se trouvent en finale absolue {porté # porte), ou en finale devant -s (celés A celes). Dans les monosyllabes, toutefois, certains y recourent uniquement quand e tonique est en finale absolue (pré), et, dans le cas d'une finale en -es, pour éviter une confusion (nés, « nez » + nes (neis), « même »). Aucun signe diacritique ne dis- tingue, à la tonique, [e], noté en français moderne par un accent grave (colere), de [e], noté en frangais moderne par un accent aigu (rosée). En outre, la répartition des timbres, ouvert et fermé, des voyelles [e], [o], [œ] est encore largement gouvernée par l'étymologie et diffère bien souvent, devant consonne, de la répartition moderne (comparer l’ancien français mer, cruel, sec, met, perece, avec [e] ; povre, chose avec [Q] ; beuf, leur [ce], avec leurs aboutissements modernes

en [e], [o] et [œl]). 11

Les diphtongues qui ont vu le jour au cours de l’évolution du latin au français se sont réduites dans le courant du x11f siècle à un timbre vocalique simple : [ai] à [e], [ue] et [eu] à [œ], mais elles demeurent souvent notées par deux lettres, comme aujourd’hui encore. La diphton ue [oi], toutefois, n'évolue en [we] qu ‘au cours du XIII‘ siècle : elle se main- tiendra ainsi jusqu’au XIX" siècle, sauf dans l'Ouest, elle sera immédiatement réduite à [e]; au XII‘ siècle, on enten- dait donc encore à peu près le son de la diphtongue anglaise [oi] (dans boy).

Mais les diphtongues plus récentes (X° siècle), issues de la vocalisation du [I] préconsonantique, conserveront leur double articulation tout au long de la période qui nous intéresse et même au-delà, comme aujourd’hui encore dans ceux des dialectes d'oc la vocalisation a eu lieu. On prononçait donc autre [autre], eus [eus], coup [koup] et eau [eau], beau [beau] (et non [otre], [ce], [ku], [o], [bo]).

Des voyelles et diphtongues suivies d'une consonne na- sale, toutes sauf [ü] seront nasalisées avant le XIV‘ siècle dans la langue parlée, d'apres les travaux de G. Straka : [a], [e], [o], [ai], [ei] avant le x11° ou au cours du X11*; [oi], [ie], [i], au cours du XI‘. La consonne nasale conservera son arti- culation pendant tout le Moyen Áge, comme aujourd’hui encore dans le Midi, c'est-à-dire que l’on prononçait à peu pres an [an], bien [bÿen], ete.

$ 8. Consonnes : ch et j se prononcent [ts] et [dz] encore au XII siècle, tandis que c et g devant les voyelles e ou i se prononcent respectivement [ts] et [dz]: cire [tsire], genoil [dzenul ]. Au cours du xri' siècle, ces consonnes se réduiront à leur articulation moderne : [ts] > [s], [tš] > [š], [dz] > [2].

[mouillé [ | ] conservera jusqu’au xvin siècle sa pronon- ciation propre (analogue à celle du g/ italien ou du // de l'espagnol classique) ; ainsi, fille se prononçait [file], et non [fiye].

r est roulé, comme encore aujourd’hui ici et la en France (Bourgogne) et comme en espagnol.

-x n’est généralement qu’une façon d'écrire -us ; ainsi chevax = chevaus [tSevaus] ; cf $ 26.

-z équivaut à [ts], mais se réduit à [s] au XIII* siècle.

Toutes les consonnes écrites se font entendre, en prin- cipe ; toutefois, s s’est effacé à l’intérieur des mots, devant consonne, au cours du XI' et du XIf' siècles (isle se prononce [ile]) ; de même, à la finale de mot derrière une consonne et devant la consonne initiale du mot suivant, pour [s] et [t] (bon(s) chiens, vin(t) cors) ; les autres consonnes ont suivi.

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Mais quand la consonne finale se trouvait à un arrêt de la voix, en fin de vers par exemple, elle a mieux résisté et s’est maintenue : c’est le cas du -r final de l'infinitif, d’autant qu'il suit une voyelle ; des rimes du type amer : amer (infinitif : adjectif), qu’on trouve dans Rutebeuf (Th 219, 430), appa- raissent encore chez Corneille ; à cette date, cependant, elles font figure de régionalisme (rimes « normandes »).

Les indications qu’on vient de lire ne sont que très ap- proximatives, mais déjà assez complexes pour qu'il soit difficile de les faire passer dans la lecture ; on s’en inspirera le cas échéant, en évitant toute affectation.

LA VERSIFICATION

$ 9. Les mètres : Le plus ancien des vers français est Poctosyllabe, calqué sur le vers latin des hymnes de la litur- gie. C'est un vers à quatre temps, qui apparaît dans la Passion de Clermont et la Vie de saint Léger au x‘ siècle ; il demeure d'un emploi très courant au XII et au XIII‘ siècles ; c’est le vers de la poésie didactique et des romans. Il domine aussi dans les poèmes dramatiques, même si ceux-ci utilisent également les autres types de vers.

Les octosyllabes riment généralement deux à deux (aabb), mais le mouvement de la phrase les groupe souvent par quatre ou par six. Jusqu’en plein xii' siècle, en effet, l’octosyllabe est « couplé », l’unité n'étant pas alors le vers mais la paire de vers unis à la fois par la rime et par le sens, scandés d’un rythme de 4 + 4 + 4 + 4, Au XIF siècle, Poctosyllabe devient plus libre et plus souple, il ne comporte plus normalement de césure, mais le rejet reste rare. C’est Chrétien de Troyes, semble-t-il, qui dissociera le système des rimes du mouvement de la phrase et saura le premier tirer de cette rupture certains effets expressifs. Toutefois, on rencontre encore souvent, même chez lui, l’ancien couplet d’octosyllabes.

Le décasyllabe est plus récent que l’octosyllabe ; il ap- paraît pour la premiere fois au xI° siècle, dans la Vie de saint Alexis. Ce vers, qui sera encore utilisé par Ronsard dans sa Franciade, est par excellence le vers épique, celui des chan- sons de geste. Sa structure habituelle est du type 4 + 6, mais quelques textes peu nombreux (Aiol, Girart de Roussillon) présentent une structure 6 + 4. Ces deux types ne sont pas mélés dans les textes, qui, normalement, demeurent homo- genes.

L’alexandrin est le plus récent des trois mètres, puisqu'il

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n'apparaît qu’au XII siècle, dans le Pèlerinage de Charle- magne ; il tire son nom du Roman d'Alexandre, œuvre d'Alexandre de Paris, qui a consacré sa vogue. L’alexandrin est coupé à l’hémistiche, 6 + 6 ; pas plus que le décasyllabe, il n'admet le rejet.

Les chansons de geste groupent soit des décasyllabes, soit des alexandrins en laisses assonancées de longueur très variable, puisqu'elles vont de quelques vers à plus de deux cents sur la même assonance. Dans quelques textes, l’alexan- drin se mêle au décasyllabe.

La poésie lyrique, elle, met en œuvre une grande diversité de combinaisons métriques et strophiques.

$ 10. Le compte des syllabes : S’il n’est pas élidé, un -e atone final de mot (aujourd’hui muet) compte dans la me- sure du vers, comme dans le vers classique. Toutefois, dans la regle épique, il ne compte ni à la césure, ni en bout de vers :

Seigneur, el Dieu servich(e)/soit hui chascuns offers (Ni 405) « Seigneurs, que chacun soit aujourd'hui prêt à se donner complètement au service de Dieu »

Ne te recroire mi(e)/mais serf encor(e) (Ni 127) « Ne te décourage pas, mais continue à le servir »

C’est ce qu’on appelle la césure « épique ». On parle, au contraire, de césure « lyrique », quand la syllabe féminine compte à la césure (la mélodie nécessite un nombre stable de syllabes) :

Douce dame/pregne vos en pitiez (Mu VII, 11) _ «Douce dame, ayez pitié ! »

On distinguera les diphtongues, dont les deux éléments vocaliques fondus forment une syllabe unique, des cas d’hia- tus ou de diérèse, deux voyelles contiguës se font entendre séparément et constituent, par conséquent, deux syllabes ; les éditeurs modernes les notent souvent par un tréma :

Est il tout purs, si t'ait Dieus ?

Oil, foi que je doi saint Jake ! (Ni 748)

«— Est-il bien pur, de par Dieu ? Qui, par la foi que je dois à saint Jacques. »

Ait (subjonctif présent du verbe aidier) et oil comptent deux syllabes (a/it, o/il), tandis que Dieus, foi, doi, saint sont monosyllabiques, puisqu'ils comportent un seul élé- ment vocalique, diphtongue d’abord, puis voyelle simple (voir le $ 7).

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L’hiatus ne fait aucune difficulté dans l’ancienne versifi- cation ; il est toujours admis :

Ge l'en crui et si fis que fous (Bé 273) « Je l'en crus et me comportai comme un fou »

L’elision est de règle pour les mots de plusieurs syllabes :

Ge criem qu'il ne me fac(e) ennui (Bé 2422) « Je crains qu'il ne me nuise »

mais il n’en est pas de même pour les monosyllabes. Seuls s'élident régulièrement : les articles le et la ; les pronoms o me, te, se, le, la, devant le verbe ; les possessifs ma, ta, sa; la particule négative ne ; la préposition de. L’élision al facultative pour l’article singulier /i ; les pro- noms me, te, se, le, la, après le verbe ; les pronoms qui et que ; les conjonctions se et que ; la particule de liaison si ; la particule de coordination ne.

$ 11. Laisse, assonance, rime : La laisse est l’élément organique de la chanson de geste ; courte dans les chansons les plus anciennes (d’une dizaine à une vingtaine de vers), elle s’est amplifiée au cours du XII‘ siècle jusqu’à dépasser la centaine de vers. Elle constitue une unité au point de vue du récit comme au point de vue de la mélodie, soulignée par la répétition de la même assonance. L’assonance est l’homo- phonie de la dernière voyelle accentuée, c'est-à-dire que tous les vers d’une laisse s’achèvent sur la même voyelle (ou diphtongue) tonique. Comme la rime, l’assonance peut être soit masculine, lorsque la voyelle tonique se trouve en finale absolue ou bien est suivie uniquement d’éléments consonan- tiques, soit féminine, lorsque la voyelle tonique est suivie d’une syllabe atone en -e.

Exemple d’assonance masculine, en o :

Ne leserat, ço dit, que n'i parolt :

« Ultre, culvert ! Carles n'est mie fol,

Ne traisun unkes amer ne volt.

Il fist que proz qu'il nus laisad as porz.

Oi n'en perdrat France dulce sun los.

Ferez i, Francs, nostre est li premers colps !

Nos avum dreit, mais cist glutun unt tort. » (Roland XCHI)

Exemple d’assonance féminine, en i-e :

Guenes respunt : « Pur mei n'iras tu mie.

Tu n'ies mes hom, ne jo ne sui tis sire.

Carles comandet que face sun servise,

En Sarraguce en irai a Marsilie :

Einz i ferai un poi de legerie

Que jo n'esclair ceste meie grant ire. »

Quant l'ot Rollant, si cumengat a rire. (Roland XXI)

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Les chansons de geste anciennes sont assonancées, mais la plupart des autres textes poétiques sont rimés. La rime médiévale n’est pas aussi riche que la rime classique et ne se distingue souvent de l’assonance que parce quelle n'est pas indéfiniment répétée ; toutefois, elle suppose bien en prin- cipe l’homophonie non seulement de la voyelle, mais de l’ensemble de la dernière syllabe tonique (voyelle + consonnes subséquentes). Voici une série de rimes prises au hasard dans Erec, v. 2271 ss. : posteis : asis- venist : tramist- conter : monter- noveles : puceles- soner : ancortiner- soie : joie- montez : contez- enorables : sables- cenz : baucenz- ot : pot- corrurent : conurent- lui : ambedui.

$ 12. Rime mnémonique : Les auteurs dramatiques du XII siècle ont utilisé un procédé ingénieux pour alerter les acteurs aux changements de réplique et faciliter enchaîne- ment de leurs interventions : ils terminent la tirade sur un vers qui laisse la rime en suspens et appelle la rime du premier vers de la réplique suivante. Ainsi, dans le Jeu de saint Nicolas (906-908) :

CLIQUET : En ai je trois poins plus de ti ?

PINCEDES : Met jus les deniers, je t'en pri, Ains que li casee m'esmoeve !

CL:1QUET : Maudehé ait qui che me roeve !

Il semble bien qu'il s’agisse la d’un artifice professionnel introduit par les jongleurs lorsqu'ils prirent le relais des clercs dans les compositions dramatiques, au début du XIII‘ siècle.

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LE SUBSTANTIF

De même qu’en français moderne, le substantif est ca- ractérisé par les catégories grammaticales du genre et du nombre, auxquelles s'ajoute, en ancien français, celle du cas. Le syntagme nominal varie donc en genre, en nombre et en cas.

MORPHOLOGIE

LE GENRE

$ 13. Le genre est héréditaire et arbitraire dans les subs- tantifs à référent inanimé ; Pusage médiéval diffère de l'usage moderne pour un certain nombre de mots. Ainsi, parmi les plus fréquents, sont féminins : gent, rien, art, sort, poison, dote, merite, mençonge, silence, pseaume, evangile, sopeçon, amor, enor, et tous les substantifs abstraits en -or (-our, -eur) ; sont masculins : afere, dent, ombre, parenté ; sont masculins ou féminins : eage, essample, espace, duché, comté, eveschié, isle, val, jor, image (souvent masculin), ordre (souvent féminin). Dans la classe des substantifs à référent animé, la distinction du masculin et du féminin correspond, pour les êtres humains, à une opposition fondée sur le sexe, à de rares exceptions : /a pape, la prophete (parfois), la gaite, une espie. Le genre des noms d’animaux est lui aussi arbi- traire, avec quelques écarts par rapport à la langue moderne (un/une serpent, une tigre, par ex.). Le collectif gent est également féminin (/a gent ou les genz).

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LE NOMBRE

§ 14. Les marques qui différencient le singulier du plu- riel se combinent avec les marques flexionnelles. On retien- dra qu'il existe en outre, en ancien français :

a) DES SUBSTANTIFS EN -€, A VALEUR COLLECTIVE, la plupart du temps féminins, qui sont morphologiquement des pluriels, étant issus de neutres latins en -a (arme, aumaille « têtes de bétail », brace «les deux bras », carre « charrettes », doie « les doigts », fueille « feuillage », pree près »), crin et crine chevelure », « crinière »), sestiere « sestiers », etc. ; de même le numérique nil) :

Je n'en sui mie a deus doie (Cha 78) « Je ne suis pas á deux doigts de faire cela »

Belissans baise ses filz, brace levee (Ami 3198)

Chevax dona a chascun trois

Et robes a chascun trois peire (Er 6603)

« I donna à chacun trois chevaux et trois paires de robes (trois ensembles vestimentaires) » (Er 6603).

b) DES SUBSTANTIFS À VALEUR COLLECTIVE qui appar- tiennent morphologiquement au singulier, mais entraînent fré- quemment un accord du verbe au pluriel lorsqu'ils sont sujets (gent, ost, barnage, mesnie, clergié, etc. : de même l'indéfini chas- cun) :

Si fete gent ont deniers granz (Fa IX, 89)

« Cette sorte de gens a beaucoup d'argent »

La chevalerie de l'ost, erraument qu'ele ot oi le cri, si s'armerent tuit (Vil 219)

« Les chevaliers de l'armée, dès qu'ils eurent entendu le cri, s'armérent tous. »

Quant oi l'a le barnage repust...,

Espees traites saillent des tonneaus fors (Charroi 1398)

« Quant les barons cachés l'ont entendu..., ils surgissent des tonneaux, l'épée à la main » (voir 8 245)

C) UN DUEL, marqué par Particle unsfunes déterminant des substantifs au pluriel, qui désignent des objets composes de deux éléments symétriques (uns ganz, unes forces, unes chauces, unes joes, unes narines, unes levres...) :

En ses piez mist uns merveilleus sollers (Charroi 991)

« ll chaussa une paire d'étonnants souliers »

Si i avoit unes vautes... qui estoient portees d'unes grosses colombes molt rikes (Con 85)

«Il y avait une voûte que supportaient deux ensembles de colonnes très riches »

L'article pluriel uns/unes caractérise également des ensembles formés d'éléments complémentaires : uns dras « des vêtements », unes armes, uns cos, « une volée de coups », uns degrez « un esca- lier », unes noveles « des nouvelles », uns grans dens « de grandes

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dents » (Auc 24), unes mors « des traits de caractère » (Er 1488), unes simples fames « de simples femmes » (Reg 154), etc.

LE CAS

$ 15. La marque casuelle contribue à indiquer la fonc- tion grammaticale du substantif au sein de la proposition. La déclinaison française est un instrument bien simplifié par rapport à la déclinaison latine dont elle dérive, puisqu'elle se contente d'opposer un cas sujet (CS), issu du nominatif, à un cas régime (CR), issu de l’accusatif. Quelques débris des autres cas de la déclinaison latine demeurent : ainsi vendredi (par son premier élément), la Chandeleur, la geste francor, représentent, l’un un génitif singulier, les deux autres un génitif pluriel (Veneris, Candelorum, Franco- rum) ; Aix correspond à un ablatif pluriel (Aquis). Tout cela est fort peu de choses. Seule est fonctionnelle Popposi- tion CS/CR.

On distingue six types de déclinaisons (trois pour les masculins, trois pour les féminins). Un certain nombre de substantifs sont invariables pour des raisons phonétiques.

La flexion des substantifs masculins

$ 16. PREMIÈRE DÉCLINAISON : Elle est caractérisée par la présence d'un -s de flexion au CS singulier.

[Singer [pel [sng | pe | CS limurs li mur CS l'escuz li escu CR /e mur les murs CR escu les escuz

CS li hiaumes li hiaume CR le hiaume les hiaumes

Au singulier, l’opposion -s/-o signifie opposition CS/ CR ; au pluriel l'opposition CS/CR est signifiée par -0/-s.

Ce type regroupe la quasi-totalité des substantifs mas- culins, qu'ils se terminent par une consonne, par une voyelle accentuée (degré, ami, escu...) ou par un [e], notamment tous les substantifs en -age et les emprunts aux langues germaniques et orientales. En font également partie les in- finitifs substantivés, quelle que soit leur conjugaison d'ori- gine (li celers, li departirs, li veoirs, li lires...).

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N.B. : L'adjonction du -s de flexion peut occasionner des ac- cidents phonétiques, qui seront envisagés globalement $ 24-26.

$ 17. SECONDE DÉCLINAISON : C'est celle des substantifs qui ne comportent pas de -s de flexion au CS singulier.

singulier

CS li pere li pere CR /e pere les peres

Seuls quelques substantifs en -[e], provenant pour l'es- sentiel de formes latines en -er, appartiennent a ce groupe : pere, frere, gendre, mestre. Mais très vite cette déclinaison a eu tendance à s’assimiler à la précédente :

EYE veut mes pere # Ce que ses peres ot dit (Pal 617 et

Si bien que pour certains substantifs dénotant des animés et censés relever également de ce type (ermite, vavassor...), les formes a CS fléchi sont plus fréquentes que les formes « régulières ». Cela est beaucoup plus net encore pour les substantifs dénotant des inanimés (arbre, livre, ventre, vespre).

$ 18. TROISIÈME DÉCLINAISON

Elle regroupe les substantifs à alternance radicale. Une cinquantaine de mots désignant des êtres animés comportent, en effet, une opposition, dans la forme du radical, entre le CS singulier et le reste de la flexion. Elle est presque toujours due à un déplacement de l’accent entre le nominatif (CS) et les autres cas de la déclinaison latine, cause de perturbations dans le système vocalique.

CS l'emperere li empereor CR l'empereor les empereors CS liber li baron

CR le baron les barons CS li pastre li pastor

CR /e pastor les pastors

CS li garz li garçon CR le garçon les garçons

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Se déclinent ainsi : les noms d’agent d’origine latine en -ere/-eor, -iere/-eor ou -re/-or : trovere, troveor ; venere, ve- neor ; janglere, jangleor ; robere, robeor ; pechiere, pecheor ; preschiere, prescheor ; lechiere, lecheor ; trichiere, tricheor ; traitre, traitor ; peintre, peintor ; chantre, chantor, etc.

les noms d’origine latine et germanique à élargissement suffixal en -on : li lerre, le larron ; li compaing, le compai- gnon ; li fel, le felon ; li glot (gloz), le gloton, etc. ; y compris de nombreux noms propres : Hue, Huon ; Charles, Charlon ; Naimes, Naimon ; Gui, Guion ; Guenes, Guenelon, etc., dont quelques féminins Aelis, Aelison ; Felise, Felison...

et une série de substantifs isolés :

CS l'enfes li enfant

CR l'enfant les enfanz CS Pabes li abé

CR l'abé les abez

CS l'ancestre li ancessor CR l'ancessor les ancessors

CS li prestre li provoire CR le provoire les provoires

CS li niés li neveu

CR le neveu les neveuz CS li sire li seignor CR le seignor les seignors

S’y ajoutent deux substantifs la différence de radical ne tient pas au déplacement de Paccent :

CS li cuens li conte

CR Fe conte les contes CS l'(h)om, on, uem li (h)ome CR l'(h)ome les (h)omes

De même leurs dérivés : li vescuens, le vesconte ; li prodom (-uem), le prodome.

$ 19. De bonne heure, une tendance à normaliser s’est fait jour. D’une part, le plus souvent, en pourvoyant les CS singuliers d'un -s analogique, qui les rendît conformes aux CS de la première déclinaison :

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Chascuns cuide ses compains l'ait (Fa IX, 44) « Chacun s'imagine que son compagnon l'a »

D'autre part, et plus radicalement, en éliminant les alter- nances radicales et en alignant le paradigme, calqué sur le type majoritaire de la première déclinaison ($ 16), soit sur la forme du CS singulier, soit sur celle du CR.

Sur la forme du CS:

De nos .ii. pors somes compaing (Flo 1561) « Nous partageons les gains de nos deux ports »

Sur la forme du CR :

Cil n'est pas garçons qui l'a porté a terre (Mo 19) « Celui qui l’a jeté à terre n'est pas un vil serviteur »

C'est ainsi quun mot comme prestre a pratiquement deux flexions :

CS li prestre(s) li prestre

CR le prestre les prestres CS li provoire(s) li provoire CR le provoire les provoires

et qu'en francais moderne subsistent parallelement, avec des nuances de sens, gars et garçon ; copain et compagnon ; chantre et chanteur. Mais dans certains textes des XII'- XIII* siècles, l’anarchie est grande. Dans la Prise d'Orange, par ex.

Li cuens Guillelmes fut mout gentiz et ber Le comte G. était très noble et vaillant ») voisine avec Au ber en poise Cela est pénible au baron »), de même que Ele en apele le feilon traitor voisine avec Qu'uns Sarrazins felon et orgueillox

Me voloit batre... (Pr 119, 1862, 1224, 220).

La flexion des substantifs féminins

Seul un petit nombre de substantifs féminins oppose au singulier un CS à un CR. L'opposition n'est jamais marquée au pluriel, que caractérise la présence d’un s final.

$ 20. PREMIÈRE DÉCLINAISON :

Elle regroupe les substantifs féminins terminés par [e]. Tous ont une seule forme au singulier et une seule forme au pluriel ; seule est marquée la catégorie du nombre. C'est donc improprement qu’on parle de déclinaison.

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img JO pla la fille les filles

$ 21. SECONDE DÉCLINAISON :

Elle regroupe les substantifs féminins terminés par une consonne ou une voyelle accentuée et se caractérise par la a d’un -s de flexion au CS singulier.

EE la flors CS la citez

La tendance à supprimer l'opposition morphologique des cas au singulier, sur le modèle du pluriel et des substan- tifs en -e, largement majoritaires, a entraîné l'extension de la forme non fléchie en fonction de sujet :

Tote la corz mialz l'en prisa 4 Com vostre cort esgardera

« Toute la cour l'en estima « Comme votre cour le jugera davantage » (Yv 674) bon » (Re 228)